Dans cet article
« Ça coûte combien ? » En posant la question à cinq prestataires, vous obtiendrez cinq réponses entre 300 € et 3 000 € par mois. Ce n’est pas que le marché est irrationnel. C’est que le mot « marketing digital » recouvre au moins cinq postes de dépense différents, et que la plupart des devis les mélangent.
Cet article les sépare. Vous en sortirez capable de lire n’importe quelle proposition et de dire où part chaque euro.
Un avertissement avant de commencer : tous les montants ci-dessous sont des fourchettes observées sur le marché, pas des tarifs. Elles bougent selon votre secteur, votre ville, votre concurrence et l’ambition du projet. Prenez-les comme des ordres de grandeur pour cadrer une discussion, jamais comme une grille officielle.
Le malentendu qui fausse tous les devis#
Il y a deux portefeuilles distincts dans un budget marketing, et les confondre est l’erreur la plus coûteuse.
Le premier portefeuille rémunère du travail. Quelqu’un construit votre site, écrit vos textes, paramètre vos campagnes, répond aux avis, regarde les chiffres. C’est une prestation de service : elle a un coût horaire, elle produit un livrable, elle se compare.
Le second portefeuille achète de la visibilité. Il part chez Google, Meta ou une autre régie publicitaire. Ce n’est pas une prestation, c’est de l’espace publicitaire vendu aux enchères. Personne ne le « marge » légitimement sans vous le dire.
Comparez avec un artisan qui vient chez vous : il y a sa main-d’œuvre, et il y a les pièces. Vous savez distinguer les deux sur son devis. En marketing, cette séparation devrait être aussi évidente. Elle l’est rarement.
La question à poser à tout prestataire : « Sur ce forfait mensuel, combien part chez Google ou Meta, et combien vous rémunère ? » Une réponse floue est une information en soi.
C’est précisément pour cette raison que nous facturons la prestation d’un côté et laissons le budget média être payé en direct par le client, sur son propre compte publicitaire. Vous voyez ce que la régie facture, à l’euro près, sans intermédiaire.
Poste 1 : Le site internet#
C’est le poste où les écarts sont les plus spectaculaires, parce qu’un « site » peut désigner cinq objets différents.
L’étude de La Fabrique du Net, construite sur 1 312 budgets réels remontés par 175 agences (données arrêtées début juillet 2026), donne les repères suivants :
- Médiane tous projets confondus : 5 200 €
- Site vitrine : médiane 3 500 €, fourchette courante 2 000 à 8 000 €
- E-commerce : médiane 10 000 €, fourchette 3 000 à 40 000 €
- Entrée de gamme (10 % des projets) : autour de 1 600 €
- Haut de gamme (10 % des projets) : 50 000 € et au-delà
La technologie pèse lourd : la même étude situe la médiane à 2 500 € sur un outil type Wix, 5 000 € sur WordPress, 15 000 € sur Shopify.
Deux points que les devis oublient souvent :
Le site n’est pas un achat unique. Hébergement, nom de domaine, mises à jour, corrections : comptez une ligne récurrente, modeste mais réelle, tous les mois ou tous les ans.
La propriété n’est pas toujours incluse. Certains contrats vous facturent un site que vous n’aurez jamais. Vérifiez qui détient le nom de domaine, qui détient le code, et ce que vous emportez si vous partez. Un site que vous ne pouvez pas emporter est une location, pas un investissement.
Poste 2 : Le budget média#
Celui-ci ne se négocie pas avec un prestataire : il se paie aux régies.
Google Ads fonctionne aux enchères. Il n’y a pas de tarif, pas de minimum imposé, et le coût d’un clic dépend de votre secteur, de votre zone géographique et de la concurrence à l’instant T. Un clic peut valoir quelques dizaines de centimes dans un secteur peu disputé et plusieurs euros dans un secteur saturé. N’acceptez aucun chiffre annoncé sans vérification : le Keyword Planner de Google est gratuit et vous donnera une estimation sur vos propres mots-clés, dans votre propre ville.
Une donnée de marché utile pour se situer : Solocal, acteur historique français de la visibilité locale payante, publie dans ses résultats annuels 2025 un revenu moyen par client d’environ 1 550 € par an. C’est ce qu’un client type dépense chez un opérateur de ce genre, tous services confondus, soit environ 130 € par mois.
Et le gratuit dans tout ça ? La fiche d’établissement Google est gratuite. Google l’écrit noir sur blanc : « Vous n’avez rien à payer pour créer une fiche d’établissement. » Elle vous fait apparaître dans Google Maps et dans les résultats locaux, vous permet de publier des photos, des horaires et de répondre aux avis. Pour beaucoup de commerces de proximité, c’est le levier le plus rentable, et il ne coûte que du temps. Si vous ne l’avez pas fait, faites-le avant d’acheter quoi que ce soit.
Poste 3 : Les outils#
Hébergement, plateforme de site, outil d’e-mailing, prise de rendez-vous en ligne, suivi d’audience, éventuellement un CRM léger. Pris séparément, chacun coûte peu. Empilés, ils forment une ligne d’abonnements qui finit par peser.
L’ordre de grandeur courant pour une TPE va de quelques dizaines d’euros par mois (le strict nécessaire) à 150–200 € par mois dès qu’on ajoute e-mailing, réservation et analytics payants.
Le piège n’est pas le prix : c’est l’abonnement à un outil que personne n’ouvre. Un outil à 40 € par mois qui n’est jamais utilisé coûte 480 € par an pour rien.
Poste 4 : Le temps humain#
C’est le poste invisible, et souvent le plus cher.
Si vous faites tout vous-même, votre marketing ne coûte pas zéro : il coûte des heures que vous ne passez pas sur votre métier. Trois heures par semaine à écrire des publications, gérer les avis et bricoler des campagnes, c’est environ 150 heures par an. Valorisez-les à votre propre taux horaire facturé et vous obtiendrez le vrai prix du « je le fais moi-même ».
Pour comparer avec le marché, les baromètres de tarifs freelance 2026 (agrégeant Malt, Hellowork, Propulse et Free-Work) situent le tarif journalier moyen autour de 499 € en SEO et 520 € en Google Ads, avec des fourchettes allant d’environ 280–300 € à 700–800 € selon l’expérience et la spécialisation. Un consultant marketing généraliste se situe autour de 594 € par jour en moyenne, avec un écart notable entre Paris et les régions.
Autrement dit : une seule journée de consultant coûte à peu près le prix d’un mois d’accompagnement dans une offre packagée. Cela ne veut pas dire que le consultant est cher : il fait autre chose. Cela veut dire que comparer un TJM et un forfait mensuel n’a aucun sens.
Poste 5 : La prestation#
C’est ce que vous payez pour que quelqu’un fasse le travail à votre place, de façon suivie. Les fourchettes courantes sur le marché français :
| Formule | Qui est payé | Fourchette mensuelle observée | Budget média inclus ? |
|---|---|---|---|
| Tout faire soi-même | Vos outils uniquement | 0 à ~150 € d’outils | Non, en plus |
| Freelance à la mission | Un indépendant, au temps passé | ~300 à 800 € la journée | Non, en plus |
| Opérateur / annuaire local | Un forfait de services | ordre de grandeur ~130 €/mois de revenu moyen par client, publié par Solocal | Souvent non détaillé |
| Offre packagée « installée et opérée » | Une prestation continue | 290 à 690 € | Séparé et payé en direct |
| Agence classique | Une équipe dédiée | 1 500 à 3 500 € | Variable, souvent inclus |
Ce tableau ne dit pas qui est le meilleur. Il dit que ces formules ne se comparent pas ligne à ligne : elles n’achètent pas la même chose. Une agence à 2 500 € vend de la stratégie, de la créativité et de la disponibilité humaine. Un forfait à quelques centaines d’euros vend de l’exécution régulière. Un freelance vend de l’expertise pointue sur une durée courte.
La checklist à faire ce soir, seul, en 30 minutes#
Avant de payer qui que ce soit :
- Vérifiez votre fiche Google. Est-elle revendiquée, complète, avec des photos récentes et les bons horaires ? C’est gratuit et c’est le socle.
- Listez vos abonnements actuels. Sortez vos relevés bancaires des trois derniers mois et surlignez chaque prélèvement lié au web. Le total surprend souvent.
- Pour chaque ligne, répondez à trois questions. Qui est payé ? Qu’est-ce que ça produit ? Est-ce que je le possède ?
- Retrouvez qui détient votre nom de domaine. Un
whoissur votre domaine, ou une question directe à votre prestataire. La réponse doit être : vous. - Estimez votre coût publicitaire réel. Ouvrez le Keyword Planner de Google, tapez trois mots-clés de votre métier et votre ville. Vous saurez si la publicité est jouable chez vous.
- Chiffrez votre temps. Combien d’heures par semaine ? Multipliées par votre taux horaire ? C’est votre coût actuel réel.
À l’issue de ces six points, vous saurez ce que vous dépensez aujourd’hui et ce que vous possédez. C’est le seul point de départ honnête pour comparer des offres.
Trois signaux d’alerte sur un devis#
- Le « tout compris » sans ventilation. Si la part média n’est pas isolée, vous ne pouvez pas savoir ce que vous payez.
- La promesse chiffrée de résultats. Personne ne contrôle les enchères publicitaires ni l’algorithme de Google. Un engagement de moyens est honnête, un engagement de résultat chiffré ne l’est pas.
- La propriété floue. Si le contrat ne dit pas clairement que le site et le domaine sont à vous, partez du principe qu’ils ne le sont pas, et demandez-le par écrit.
Alors, combien ?#
Il n’y a pas de bon chiffre universel. Il y a un budget cohérent avec votre marge, votre panier moyen et votre capacité à absorber des demandes supplémentaires. Un artisan qui facture 4 000 € par chantier et un fleuriste à 25 € le panier n’ont pas le même seuil de rentabilité.
La bonne question n’est donc pas « combien ça coûte » mais « combien je peux investir avant que ça n’ait plus de sens ». Si vous voulez cadrer cet arbitrage, nos forfaits et ce qu’ils contiennent sont publics, et la façon dont on travaille l’est aussi.
Pour savoir où vous en êtes avant de dépenser un euro de plus : demandez un audit gratuit de votre visibilité.
Sources
- La Fabrique du Net — Tarifs de création de site internet, étude sur 1 312 budgets réels (juillet 2026)
- Solocal — Résultats annuels 2025, communiqué de presse (février 2026)
- Google — Fiche d’établissement Google, page officielle
- Mission Freelances — Baromètre TJM freelance marketing 2026 (agrégation Malt, Hellowork, Propulse, Free-Work)
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